timbre freinet

 

DENJEAN Roger (1912-2004), militant Freinet de la Seine Mme

Département

Lieu(x) d'exercice

Beauvoir en Lyons

Personnalité

Photo du militant

Notice

Roger Denjean, instituteur et secrétaire de mairie à Beauvoir en Lyons

  •   Nombreux exemplaires du journal scolaire aux archives AdF et MUNAE  de journal scolaire de l'école de Beauvoir en Lyons de 1950 à 1968
  • BT 825 : A travers les ruines d'une abbaye : Jumièges
  1.  : Reportage sur son rôle de résistant dans  Résistance Intérieure Paroles Image et son directeur Pierre Guérin (éditions Frémeaux)
  2. Article du Monde de 1972, dans la classe coopérative de Roger Denjean

 

PAROLES , IMAGES et SON  Résistance intérieure , direction Pierre Guérin

CD 2
ROGER DENJEAN
Enregistrement du 14 mars 1990
Pierre Guérin
Né en août 1912, profondément pacifiste, Roger Denjean a participé avant la guerre aux activités du groupe antifasciste de Gournay.

En 1940, après la défaite, il revient au village de Beauvoir en Lyons (Canton de Gournay-en-Bray en Seine maritime) où il est à la fois instituteur et secrétaire de mairie. Il tente de glaner des informations sur la réalité du régime de Vichy, doit ruser avec l’occupant qui fait appel à lui (en tant que secrétaire de Mairie) pour réquisitionner de la main-d’œuvre, voit les Allemands perquisitionner son domicile après une dénonciation.

En 1943, il passe d’actes de résistance isolés d’un petit groupe de copains antifascistes, à l’engagement dans un réseau. Récupération de matériel parachuté par les Anglais, transports d’armes pour les maquis, transmission de renseignements militaires, recrutement de nouveaux résistants, prise en charge de camarades qui avaient besoin de se cacher, il est sans cesse engagé dans des actions délicates, et réussit à échapper à la répression sans entrer dans la clandestinité, même pendant la pé­riode très agitée qui suit le débarquement du 6 juin 1944.

NB : Le Front National était une organisation de résistants à l’occupation allemande. Le nom et le signe ont été récupérés et détournés par un parti politique d’extrême droite.

Après la libération de la Normandie, officier spécialiste radio, il est mobi­lisé pour rejoindre des unités de la 2e DB qui doivent chasser les Allemands des «poches « de l’Atlantique. En fait, son groupe sera intégré dans la 1re armée américaine commandée par le général PATCH .

Il participe à des combats extrêmement meurtriers lors de l’attaque de la ligne Siegfried et du passage du Rhin. La poursuite des armées allemandes le conduit jusqu’à Nurem­berg. Là son unité campe dans le célèbre stade où se tenaient les grandes fêtes nazies.

Fin avril 1945, les Français sont démobilisés. Partis à 72, ils ne sont plus que 32. Roger Denjean est «méconnaissable».

 

Article du Monde de 1972 :

 

• BEAUVOIR-EN-LYONS : samedi matin jour de la coopérative...

Par GUY HERZLICH.
Publié le 07 mars 1972 à 00h00 -

Beauvoir-en-Lyons (Seine-Maritime). - La " classe ouverte " est à droite dans la cour. C'est un bâtiment plus moderne, sur la place, à côté de la mairie-école type IIIe République, comme on en voit sur les gravures. Beauvoir-en-Lyons : un village de cinq cent soixante habitants, sur le rebord du pays de Bray.

Trois classes donnent sur un couloir où pendent anoraks et manteaux. En face : celle des " grands " : vingt enfants de dix à quatorze ans.

Aux murs, des messages, des photographies de l'équipe suisse de ski et de la ville de Lausanne, des articles sur les activités de Bourgoin-Jallieu (Isère) et une liste de lettres reçues : la classe correspond avec des élèves de ces deux villes.

Les tables sont disposées par deux, face à face, ou en " T ", afin que tout le monde puisse se parler. Le bureau de l'Instituteur est installé près de la fenêtre. " Ils ont voulu que je sois là, dit-il ; l'an dernier. Ils m'avalent mis au fond. " Quand M. Roger Denjean, pull-over et gilet de laine, visage ridé et tanné surmonté de cheveux gris en épis, veut prendre la parole. Il lève la main comme tout le monde.

Samedi, c'est le jour de réunion de la coopérative. La présidente - douze ans - demande des nouvelles de la caméra que l'on a décidé d'acheter. La coopérative fixe les thèmes de travail de la semaine par un vote. Parmi les sujets retenus pour l'observation les animaux ont du succès : ainsi les enfants ont-ils apporté des oiseaux, des souris et même un renard que l'on a gardé plusieurs semaines à l'école.

Samedi, c'est aussi le jour du contrôle. Aujourd'hui, une dictée : chacun vérifie de son côté les mots sur lesquels il a des doutes, à l'aide du dictionnaire et de la grammaire.

Le matin, la classe commence par un entretien sur un thème choisi par les enfants. Cela peut aller de l'humeur du maître à l'exploration de la Lune. . Ça déride, note M. Denjean. Ça remplace aussi la leçon de morale. J'en al tait, en prenant le manuel, il y a trente ans. Et puis j'ai arrêté... Quand l'inspecteur venait. Il disait : " Vous ne faites pas de leçon " de morale ? ". Je répondais ; " Non, aujourd'hui on fait autrement. " Ensuite, on s'est habitué. "

Pour beaucoup de choses on s'est habitué. Depuis vingt-cinq ans, M. Denjean fait partie de l'Institut coopératif de l'École moderne et pratique les "techniques Freinet". " Pendant vingt ans, j'ai été délégué du secteur Syndicalement, on m'estimait. Mais professionnellement, on me considérait toujours comme un farfelu. Puis on m'a dit : " Vous seul " pouvez faire cela "... M. Denjean a l'habitude d'être minoritaire : Il militait à l'École émancipée. Sans doute il n'est pas près de croire que " l'éducation nouvelle " ait envahi tout l'enseignement primaire. Mais Il pense que l'idée fait son chemin.

Tous les quinze jours, Il se rend en voiture aux réunions du groupe Freinet de la région. " Quand nous avons fait le premier congrès régional, vers 1950, nous étions quinze. La dernière fois, nous étions plus de deux cents. On voit beaucoup de jeunes. Ils viennent régulièrement. Ils ne pratiquent pas tous dans leurs classes. Mais ils sont chauds. Ils vont y venir. Quand ils veulent, on va les voir, ou ils viennent pour parler de ce qu'on fait. On leur donne un coup de main... "

M. Denjean n'a pas eu de mal à obtenir l'autorisation " d'ouvrir " sa classe ce samedi : l'Inspecteur a signé immédiatement la demande " avec avis très favorable ". " Il est vrai qu'il est un peu CLEN."

De Toulouse, d'où il vient, M. Denjean a gardé un accent chantant et rocailleux. Il s'est fixé à Beauvoir-en-Lyons où il avait été nommé juste avant la guerre. " Quand je vais en ville, dit-il, je vois ces écoles-casernes. Ici on a au moins l'espace. " Il regrette un peu qu'il n'y ait pas eu davantage de visiteurs aujourd'hui - quatre mères de famille seulement sont venues en fin de matinée voir la classe des moyens. Il y en avait eu plus lorsqu'on avait invité les parents à la cantine... Mais M. Denjean ne pense pas qu'ils s'intéressent davantage à ce que mangent leurs enfants qu'à ce qu'ils absorbent en classe : beaucoup ont déjà été ses élèves. " Alors ils savent ce qu'on fait ici. "

GUY HERZLICH.