LES PIONNIERS DE LA PÉDAGOGIE FREINET DANS LE DÉPARTEMENT DU RHÔNE (FRANCE)

Article  sur  l'historique  du GLEM ( Antoine Michelot)

LES PIONNIERS

DE LA PÉDAGOGIE FREINET

DANS LE DÉPARTEMENT

DU RHÔNE (FRANCE)

Dans le Rhône, des pionniers du Journal Scolaire

L'année du Centenaire de la naissance de Célestin Freinet (1896 - 1966), a suscité de nombreuses manifestations. Le Rhône a participé activement à cette commémoration.

Dès les origines du Mouvement Freinet, les militants du Rhône ont été très présents et ont apporté leurs pierres à cet édifice, toujours en évolution. Nous verrons ici quelques personnalités.

(Notes à la fin du texte)

 

C'est DURAND (cours élémentaire de 30 élèves, dans une école à 10 classes de Villeurbanne) qui fut le premier à essayer l'imprimerie à l'école, après et avec FREINET (25 garçons de 5 à 9 ans : section enfantine, CP, CE, à Bar-sur-Loup) qui l'avait introduite en octobre 1924.

Historiquement, il fut le premier à entretenir une correspondance avec FREINET : il introduisit l'imprimerie dans sa classe, après avoir lu ses articles dans Clarté, numéros d'avril et juin 1925, et échangea des imprimés, quotidiennement, dès octobre 1925, sans pour cela faire une correspondance interscolaire. C'étaient leurs Livres de Vie où les écrits des élèves sont mis en valeur et diffusés vers d'autres classes.

FREINET raconte :

« Nous avons fait mieux en 1925-26. Non seulement les enfants mieux entraînés composent très aisément des textes plus longs, mais surtout nous avons organisé l'échange régulier de nos imprimés avec une classe de Villeurbanne. Toutes sortes de contretemps, surtout administratifs, ont empêché notre expérience d'avoir son plein effet. Telle qu'elle est, elle ne manque pourtant pas d'être très encourageante. (…) Le total de nos deux livres de vie forme un ensemble de 3000 lignes, correspondant à un gros livre de lecture de 150 pages. » FREINET, L'imprimerie à l'école, p. 16 1.

Il continue :

« L'annonce de cet échange avait suscité dans ma classe une joie et une curiosité étranges. Et lorsque les premiers imprimés sont arrivés, il aurait fallu voir avec quelle avidité les élèves lisaient la pensée de leurs camarades de Villeurbanne ! Que de réflexions ! Que d'interrogations ! Quand, plus tard, de jolis dessins d'élèves, signés, accompagnaient les textes, quel bonheur ! Et comme on suivait attentivement la vie des Antonini, des Varloud, etc. Même enthousiasme, paraît-il dans la classe de Villeurbanne. « Comme mes élèves sont contents, m'écrivait l'instituteur, lorsqu'ils voient votre enveloppe d'imprimés sortir de leur boîte aux lettres ! » Hélas ! Au moment le plus passionnant, brusquement, la classe de Villeurbanne a cessé ses envois. Notre camarade DURAND, qui venait d'être nommé Professeur en École Primaire Supérieure, quittait son poste en novembre, et, jusqu'en février, la classe devait vivoter sans titulaire, les enfants dispersés, l'imprimerie désormais inactive. Malgré ce long arrêt, malgré le nouvel apprentissage qu'ont dû faire et les élèves et leur maître, M. PRIMAS, l'enthousiasme n'a pas cessé. Notre expérience a triomphé de toutes ces difficultés administratives, et, depuis février, l'échange régulier a repris, à la grande joie des deux classes. » FREINET, ibid., p. 26 2.

Ce fut plus tard, en octobre 1926, que FREINET et René DANIEL (Finistère) démarrèrent leur correspondance interscolaire…

DURAND devint donc professeur en École Primaire Supérieure3 et PRIMAS lui succéda en février 1926. En juillet 1926, six écoles possèdent l'imprimerie4. Parmi les trois premiers échanges quotidiens (dont Freinet/Daniel et Alziary/Pierre Bordes), la classe de PRIMAS (124, cours E. Zola, Villeurbanne) correspondait avec celle de Mlle RIPERT (Béni-Saf, Oran, Algérie)5.

 

Jean BOUCHARD6 commença à la rentrée 1926. "Au pays de Guignol", son Journal Scolaire (bimensuel), était domicilié à l'école du 83, rue Bossuet, à Lyon. En début d'année, un échange quotidien des imprimés avait eu lieu avec la classe de REGAD, à Champagnole.

Une communication détaillée, "L'Imprimerie à l'École", fut présentée à la Société Binet-Simon, par BOUCHARD, lors de la séance de juin 1927. Cinq élèves composaient un texte pendant que leur maître faisait un exposé sur l'imprimerie à l'école7. Tous les détails techniques et financiers sont présentés, ainsi que la durée des opérations. Dans le monde, il y avait, à cette époque, une trentaine de classes d'imprimeurs.

Quelques commentaires sur les textes imprimés de la classe de BOUCHARD :

Un recueil de textes imprimés, par le CE1 de BOUCHARD (du 9 février 1927 jusqu'au 15 janvier 1928), a été transmis par Pierre BORDES8, quatrième adhérent de l'Imprimerie à l'école et instituteur à St-Aubin-de-Lanquais, en Dordogne. Il est conservé par Henri PORTIER, pour Les Amis de Freinet. C'est vraiment émouvant de se plonger dans ces témoignages de la vie d'une classe peu ordinaire, d'une autre époque9

Ce recueil est composé de feuillets (format 13,7 x 10,9 cm), imprimés des deux côtés, cousus ensemble. Certaines ont une double perforation sur le côté gauche.

Les pages sont quotidiennes mais le recueil commence au n° 19 (9/02/27), alors que BOUCHARD a commencé à la rentrée 1926. Nous voyons l'évolution de la présentation :

- toujours imprimé à l'encre noire.

- justification à droite à partir de la page 42.

- journal bimensuel10 n° 1 à partir de la page 44 à 48 (1er mai 1927). Page de couverture au limographe (encre bleu-noire).

- journal envoyé en imprimé aux correspondants à partir du n° 3/4 (1-15 juin 1927).

- carte du département du Rhône inclue dans le n° 5 (1er juillet 1927)

- illustrations à partir de la page 84 (gravures sur bois, coulage de cliché en plomb, linogravure, et, surtout, cartons gravés11 )

- liste de mots, de concepts, liés à un objet (ex. la craie, sucre, café, etc.), à partir de la page 8 (octobre 1927, nouvelle année)

- couverture composée à partir du n° 12 (15 janvier 1928).

- table des matières après la page 62 (journal n° 12, 15 janvier 1928).

Michel BARRÉ signale12 que les auteurs (citadins) de Au pays de Guignol, utilisent, depuis février 1927, le procédé du rêve pour imaginer des histoires. L'idée est reprise par les classes destinatrices.

BOUCHARD participe à la vie éditoriale du Mouvement. Par exemple, il réagit contre la publication par Freinet (dans le n° 16 des Extraits de la Gerbe, fin 1929) d'un texte d'élève dénonçant des sévices qu'il subissait dans un établissement privé. Dans la revue Imprimerie à l'École (n° 30, p. 136), il craint que la divulgation de fautes d'un "mauvais" élèves, mauvais par la faute d'adultes, perturberait de jeunes enfants13 .

BOUCHARD a été l'un des fondateurs, en 1934, de la Mutuelle Assurances Automobiles des Instituteurs de France (MAAIF), qui deviendra la MAIF. Il a siégé plusieurs années à son Conseil d'Administration14.

 

Henri BORDES, instituteur au Moulin-à-Vent15 , à Vénissieux a fait, lui aussi, une communication lors de la séance du 13 juin 1929 de la filiale de Lyon de la Société Binet-Simon. Elle s'intitule "L'Imprimerie à l'École et l'Enseignement du français"16.

Il signale que Mlle J. BALANCHE, institutrice à Francheville-le-Haut, a créé un service de correspondance interscolaire (mais ce n'est pas le service national de jumelages de classes, tenu par Alziary, Le Thoronet, Var).

 

Après, c'est une autre histoire, qu'il faudrait écrire. Les premiers militants du Rhône méritent que l'on se souviennent de leurs actions qui ont enrichies le Mouvement Freinet tout entier. Cela sera peut-être plus facile d'écrire l'histoire après la création du Groupe Lyonnais de l'École Moderne - Pédagogie Freinet, le 12 janvier 1950. Le GLEM est encore actuellement un des Groupes Départementaux les plus importants.

Antoine MICHELOT (GLEM), 14/12/96

avec l'aide des travaux de Henri PORTIER17 et de Michel BARRÉ18

Notes :

1 BARRÉ, 1995, p. 35

2 BARRÉ, 1995, p. 35.

3 Les "E.P.S." deviendront, en 1941, les Collèges "modernes" (enseignement général, sans latin).

4 BARRÉ, 1995, p. 41.

5 BARRÉ, 1995, p. 43.

6 M. BOUCHARD, adresse personnelle : 12, rue Cuvier, à Lyon 6e.

7 BOUCHARD, Bulletin Binet-Simon, n° 225 - 226, février-mars 1928, pp. 116-125.

8 Archives des Amis de Freinet - Fonds Pierre BORDES.

9 Ces textes ont été saisis et disponibles au GLEM.

10 cf BOUCHARD 1928, p. 119 : "Les échanges bimensuels".

11 BOUCHARD 1928, p. 120.

12 BARRÉ, 1995, p. 67.

13 BARRÉ, 1995, p. 70.

14 Par exemple, il est toujours fait mention de son nom dans le Bulletin de juillet 1947.

15 Titre du Journal scolaire : "Lettres du Moulin-à-Vent".

16 Henri BORDES, Bulletin Binet-Simon, n° 241-242, juin-juillet 1929, pp. 170-176.

17 Henri PORTIER : "Les Amis de Freinet", Commission "Histoire & Patrimoine".

18 Michel BARRÉ, Célestin Freinet, un éducateur pour notre temps, Tome 1, PEMF, 1995.

GLEM : Groupe Lyonnais de l'École Moderne,
Ecole Elémentaire JULES FERRY Rue Rhin et Danube 69800 ST PRIEST

 

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