Résumé de l'intervention de J. Ueberschlag à Chartres 17 mars -2018

le mouvement Freinet en Eure-et-Loir à partir de 1927

le résumé par Josette Ueberschlag elle-même de son intervention au musée de l'école de Chartres.

 


Essor du mouvement Freinet en Eure-et-Loir à partir de 1927

Pourquoi ce livre ?

J’ai voulu réparer une injustice. Les militants du mouvement Freinet dont la mémoire est souvent complaisante vis-à-vis de son fondateur, oblitèrent volontiers le travail coopératif des institutrices et instituteurs qui ont contribué à son essor. Aussi, ce sont les linéaments de cette histoire sociale et culturelle que j’ai souhaité étudier, mémoire d’un passé glorieux, écrite à contre-courant de cette amnésie collective. Le mouvement a survécu en 1966, à la disparition de Célestin Freinet, grâce aux milliers de pédagogues militant à l’ICEM (Institut coopératif de l’École moderne). Demeuré actif, vivant, dynamique, en constante évolution, celui-ci n’a cessé de faire des émules dans le monde entier.

Mon angle d’approche

Pour appréhender comment le mouvement est né, s’est structuré, organisé, amplifié, il me fallait dans cette recherche, entrer avec un regard neuf et sans l’idée que Freinet a tout impulsé, tout pensé. Ce dernier cliché demeure trop souvent la référence commune, véhiculée et reprise sans esprit critique. Élise Freinet dans son ouvrage Naissance d’une pédagogie populaire a installé l’image d’un Freinet solitaire qui, par des expériences répétées, a élaboré des techniques pédagogiques qui ont retenu l’assentiment de nombre d’enseignants. Il me fallait alors redécouvrir les itinéraires de femmes et d’hommes qui ont été les bâtisseurs du mouvement ; décrire leurs avancées en local, dans de petites équipes fraternelles loin de Saint-Paul-de-Vence. Il me fallait décrire leur travail mené en compagnonnage, leurs innovations, promesses de changements profonds : visites d’une classe en action, débats, échanges nombreux, correspondances, cahiers de roulement, chantiers de production d’outils pédagogiques, etc.

Adopter ce type de lecture du passé, comme le suggère Henri Peyronie, c’est considérer  le mouvement Freinet comme un véritable intellectuel collectif. Et par conséquent, admettre qu’il puisse rechercher en lui-même des formes d’action alternatives.

Le déclic

Pourquoi le groupe qui s’est formé en Eure-et-Loir décide-t-il de ne pas être une « filiale » de la Coopérative de l’Enseignement laïc de Freinet ? Pourquoi ce groupe choisit-il de s’intituler « GEN » (Groupe d’Éducation nouvelle) ? Et pourquoi Freinet engage-t-il les départements à imiter l’Eure-et-Loir en ce qui concerne leur fonctionnement ?

Avant-guerre en effet, un groupe eurélien d’enseignants, à la fois pédagogique et revendicatif, préconise un questionnement permanent de leurs pratiques professionnelles et propose comme signe de ralliement, un climat d’ouverture et de bonne camaraderie, sans préjuger aucunement de l’appartenance, soit au syndicat national, soit à celui dit unitaire (tendance École Émancipée). Ce groupe ne veut pas être une « filiale » de la CEL comme nous l’avons signalé, mais se rattacher directement au GFEN et par voie de conséquence, à la Ligue internationale du même nom.

Primauté à l’Eure-et-Loir

Ainsi, des institutrices et instituteurs publics d’Eure-et-Loir décident de se réunir régulièrement sous le couvert d’un Groupe d’Éducation nouvelle (GEN) déclaré en préfecture comme association loi 1901. Son objectif, transformer les modes d’enseignement traditionnels en vue de faire advenir une éducation émancipatrice pour les enfants des milieux populaires.

Aussi, par son rattachement officiel au GFEN, le groupe acquiert rapidement une légitimité auprès des autorités académiques. En tant que groupe d’expérimentation pédagogique, ces enseignants obtiennent des facilités de fonctionnement, par exemple au sujet des « visites d’une classe en action ». On les autorise, hors présence de l’inspecteur, à se réunir le jeudi (jour de congé hebdomadaire) dans la classe d’un collègue pratiquant une activité avec ses élèves : texte libre, journal scolaire, conférence d’un élève, etc. Le groupe devient alors un espace de formation continuée, intergénérationnel entre collègues.

Plus tard en 1947, au moment de la création de l’ICEM (Institut coopératif de l’École moderne), Freinet reprendra le schéma structurel, mis en place par l’Eure-et-Loir et qui a fait florès dans une soixantaine de départements. Les GEN départementaux d’avant-guerre deviennent les entités de travail coopératif de l’École moderne. L’Eure-et-Loir, pionnier dans la formation continuée, menée en compagnonnage, eut un rôle historique, déterminant dans la spécificité même du mouvement Freinet.

Sources historiques et biographiques

• Bulletins Freinet : L’imprimerie à l’école et L’éducateur prolétarien,

• Bulletins du GFEN aux archives nationales,

• Dossiers de carrière des instituteurs, consultés aux Archives départementales-28,

• Bulletins syndicaux de l’Eure-et-Loir,

• Recueil de témoignages des enfants de ces instituteurs, dans la mesure du possible,

• Jacques Girault, enquête nationale faite en 1975,

• Jeanne Lévy-Lebrun, Une école républicaine et rurale. Les instituteurs des années trente en Eure-et-Loir, Le coteau, Horvath, 1990,

• Georges Gutman (mémoire polycopié, 1969), Les instituteurs en Eure-et-Loir devant les grands problèmes politiques de 1919 à 1945.

 

Josette Ueberschlag, Chartres, 17 mars 2018

rjueber@wanadoo.fr

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